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1.7.12

Mariole Balotelli ?




Réputé pour une vie extrasportive complètement dingue, Mario Balotelli vaut pourtant mieux que quelque anecdote bien sentie.

Balancé dans les pâquerettes, les fers en l’air comme une femme lubrique, Sergio Ramos a eu tout le temps d’admirer la mise fantasque de Balotelli exploser en direction des buts ibériques puis s’avancer, lentement, vers Casillas et ralentir de manière angoissante à force de tergiverser sur la façon d’enfoncer le portier espagnol. Au terme d’une course folle, le Merengue est finalement revenu pour écarter la menace en même temps que la colère et l’incompréhension de la vox populi se sont brutalement abattues sur les épaules de l’Italien. Une action aura donc suffi à embraser les rédactions, les places et les cafés de palabres réveillant par la même occasion les légendes urbaines qui entourent le joueur de Manchester City. L’autre club d’une ville dont la rougeâtre grisaille et le souffle rock abritent les frasques de SuperMario et de sa vie aux allures de cartoon. Tendance Fritz The Cat. Pourtant, si SuperMario ravit les tabloïds et fascine hors du pré, il est également un authentique phénomène une fois les crampons chaussés.

45 tours

De fait, Mario offre deux faces. Face A, le saltimbanque.  Celle-ci résonne sans même avoir besoin de froisser le papier de la pochette pour sortir la galette de son étui en carton. On l’entend sur toutes les ondes ... Au royaume de la presse à scandale, Balotelli alimente les gros titres, s’accapare les manchettes et façonne ainsi une légende emplie d’une certaine candeur. La bibliothèque, le pub, la station service, le cabaret ou la salle de bain comptent parmi les décors de ses aventures. La liste est longue. Les fans sont d’ailleurs désormais invités à l’allonger en faisant part des tribulations de leur champion ; quitte à saupoudrer le réel de quelque artifice détonnant. Face B, le joueur frisson.

Le catwalk nonchalant avec lequel il se promène sur la pelouse cache, au fond, un trouble ambulant. Une forme turbulente qui cueille l’attention comme le grain sonore terriblement chaud, profond et dense qui crépite lorsque le diamant de la platine vient épouser le dédale circulaire du sillon. Le 22 janvier 2012, contre Tottenham, SuperMario est entré en jeu pendant la deuxième mi-temps. En à peine 10 minutes, il manque de se faire exclure, provoque un penalty et marque le but de la victoire au bout des arrêts de jeu. Sa manière, subite, impromptue, déroutante, de poser son empreinte sur le match comme un type rompu aux subtilités de la scène et capable de pinces les cordes à même de faire vibrer la foule. Une foule entrée en transe lorsque Sergio Aguero, son coéquipier à Manchester City, a fait trembler les filets dans les derniers instants de l’ultime journée de championnat après avoir été servi par un Balotelli qui s’était arraché pour délivrer la passe décisive et permettre aux Citizens d’être couronnés champion d’Angleterre.

Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre d’années

En effet, à 21 ans, Balotelli ne joue pas seulement avec l’assurance d’un trentenaire mais bien avec une connaissance, parsemée d’écarts, certes, réelle du jeu. De fait, limiter l’ancien interiste au bruit sourd de sa frappe ou à son explosivité revient à faire l’impasse sur un pan important de son jeu. Dos au but, grâce à une protection de balle superlative, Balotelli est redoutable et permet à au bloc équipe de souffler et de remonter le terrain. Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à voir que l’avant centre italien compte parmi les joueurs ayant subi le plus de fautes de ce championnat d’Europe 2012. Cesare Prandelli, le sélectionneur de la Nazionale, souligne également le travail de sape de Mario lorsqu’il presse la défense adverse et brouille les liaisons entre l’arrière garde et le milieu de terrain coupant ainsi court aux relances aisées qui amorcent les phases offensives de l’adversaire. À l'issue du match contre la Croatie (1-1), Luka Modric, le maître à jouer croate, avait expliqué : " Quand Balotelli est sorti, non a eu beaucoup de moins de problèmes. Il pesait beaucoup sur la défense physiquement, tous les joueurs savent que c'est un grand attaquant, très puissant, qui fait mal aux défenses ". À ce titre, Mario Balotelli semble avoir absorbé nombre d’atouts de la fine fleur offensive italienne et figure ainsi un nouvel attaquant italien qui combine la puissance de Francesco Totti, l’extravagance d’Antonio Cassano ainsi que la solidité de Christian Vieri. Robuste et déluré.

Sauf que là où Totti, Cassano ou Vieri ont des trombines à gratter la mandoline dans les clips d’Adriano Celentano, Balotelli penche plutôt du côté G-Funk. Et vers cette folie lancinante que l’on retrouve dans les aigus sensuels, les percussions tranchantes, dans ce groove torride inspiré, entre autres, des délires funkadelic de George Clinton et de son Parliament. Un groove farfelu que la Perfide Albion chérit tout particulièrement. À ce propos, le petit Mario est né le 12 août 1990 à Palerme,  quelques semaines après que le timbré Paul Gascoigne eut éclaboussé l’Italie, pays organisateur de la coupe du monde 1990, de sa fantaisie avec l’équipe d’Angleterre. Drôle de coïncidence. Opposé à l’Espagne en finale, gageons que Balotelli saura tirer parti de cette folie douce pour faire comprendre au football qu’il est tout sauf un mariole.



16.8.11

Pirlo et son nouvel écrin


Après dix ans passés à Milan, Andrea Pirlo débute la saison à Turin. Une ville à son image : élégante, discrète, mesurée. Retour sur la carrière du meilleur joueur italien de sa génération.

Turin est une ville bourgeoise. Calme, froide, la capitale piémontaise respire un romantisme serein et apaisé. Son architecture néoclassique et la régularité du quadrillage urbain complètent le tableau de cette ville du nord de l’Italie, le tableau d’une cité paisible où les abcès se crèvent en salon plutôt que sur la place publique. Et c’est ici, à Turin, que s’ouvre le dernier chapitre de la carrière d’Andrea Pirlo. Après dix saisons disputées sous les couleurs du pimpant Milan A.C. de Silvio Berlusconi, le meilleur joueur italien de sa génération a accepté de relever un dernier défi, un défi en noir et blanc.

Depuis Calciopoli, la maison Juventus a perdu de sa splendeur. La solidité marmoréenne de son identité est un lointain souvenir et les trophées ont cessé de garnir les vitrines du corso Gallileo Ferraris. C’est donc pour opérer une reconstruction sérieuse que la famille Agnelli a confié le chantier bianconero à l’Architetto Pirlo.

« Celui-là, il est trop fort, mister ! »

Le sportif est flamboyant, l’homme est discret. À mille lieues des boîtes branchées et des pages people, le monsieur demeure aussi loin que possible des arcanes du football. Des oreilles décollées cachées par de longs cheveux, une voix monocorde et un gabarit banal (1m77, 68 kg) lui donnent une allure de doctorant universitaire qui laisse les publicitaires perplexes. Distant, cérébrale, le natif de Fiero se plaît à briser les stéréotypes du footballeur moderne. Andrea Pirlo, c'est l’histoire sans vague d’un talent qui a grandi dans le confort d’une famille d’industriels lombards.

C’est avec Brescia que Pirlo débute en Serie A à l’âge de seize ans. Déjà dans les catégories jeunes, le petit Pirlo ne passait pas inaperçu : lors d’un match régional, son adversaire direct, dépité par le brio, se retourna vers son coach et lui cria : « Inutile de défendre sur lui, celui-là, il est trop fort, mister ! ». Le gamin impressionne, on fait de lui l’héritier de Gianni Rivera ; il attire bientôt l’attention des grands clubs de la botte. En 1998, Massimo Moratti tombe sous le charme et en fait un joueur de l’Inter. Mais dans la tour de Babel interiste, le jeune Pirlo - pas encore architecte - a du mal à couler son ciment. Andrea n’est alors qu’une promesse italienne qui manque d’exotisme pour percer chez les nerazzuri. Arrive alors l’heure du bal des prêts qui s’ouvre dans le Sud, à Regio di Calabria en 1999. Mais Pirlo retrouve bientôt le nord, son Nord, à Brescia où il va danser sous les ordres de Carlo Mazzone et aux côtés de Roberto Baggio, la poésie sur crampons.

La Maudite

« Donnez moi des champions, je me débrouillerai pour les associer ». C’est ce que Carlo Mazzone, le coach de Brescia, répondait avec sa gouaille typiquement romaine lorsqu’on lui demandait si Baggio et Pirlo pouvaient jouer ensemble. D’un côté Robby Baggio, de l’autre Andrea Pirlo. Les arabesques, le lyrisme baroque du Divino Codino. La géométrie linéaire et précise de l’impassible Pirlo. La figure de martyre et le fils prodigue. Le grand maître et son apprenti, dans l’atelier du vieux singe Mazzone. Repositionné devant la défense, Pirlo se découvre regista : il organise et met en scène le jeu de son équipe depuis une positon reculée ; là où sa vision du jeu panoramique se fait dévastatrice. Et Baggio de conclure : « Jouer avec Pirlo a été important pour moi. Tout dépendait de lui. Il a toujours eu le mérite de prévoir le déroulement d’une action. ».

Tout juste la vingtaine, Pirlo quitte Brescia mais ne trouve pas de place pour s’exprimer aux côtés des supposées vedettes de l’Internazionale. Il change donc de trottoir et enfile la tunique rossonera. Centre névralgique d’une équipe qui compte Shevchenko, Rui Costa, Seedorf et Kaka dans ses rangs, l’Italien met l’Europe à ses pieds : c’est « Zico devant la défense » pour Alberto Parreira, « un authentique brésilien » aux yeux de Luiz Felipe Scolari ou plus un simplement un « génie » si l’on en croit le pape Johan Cruyff, habituellement avare de compliments. La plus belle formule vient de Gennaro Gattuso : « Quand je vois ce qu’il fait avec le ballon, j’en viens à me demander si je suis vraiment footballeur ». Protégé par le Ringhio Gattuso, Pirlo quadrille le pré, verticalise le jeu, joue avec l’espace et soulage ses coéquipiers grâce à un touché de balle superlatif, une lucidité tactique rayonnante et une frappe que la presse italienne surnomme la Maledetta (la Maudite). Létale, gracieuse, belle d’abandon, elle est à l’image du joueur.

Le technocrate parle avec ses pieds

« Déjà à 10 ans, il ne souriait jamais mais il possédait également son superbe touché de balle » confie Luigi Corioni, le président de Brescia. Son garde du corps calabrais, Gattuso, raconte : « je me souviens de la première fois que j’ai joué contre Andrea. C’était à l’occasion d’un Pérouse-Brescia en espoir : je devais le prendre au marquage et je lui ai donné un paquet de coups. Au bout d’un moment, il m’a demandé d’arrêter et je lui ai répondu que je ne pouvais pas faire autrement. J’ai continué et il ne s’est pas défilé. Il a relevé le défi ». En tant que sélectionneur, Marcello Lippi a su mettre en valeur le charisme froid de son playmaker : « Pirlo est un leader silencieux, il parle avec les pieds ». Et c'est dans ce silence que sommeillent l'ambition, la haute pensée, la mélancolie pleine de grâce ; son éloquence.

Considéré par les médias ibériques comme l’un des rares milieux de terrain à pouvoir prétendre à une place au sein de l’entrejeu de la Roja, Pirlo est à la fois le nec plus ultra de la Nazionale et sa raison d’être. Sémaphore et timonier. Sûr et en retrait, il gouverne en technocrate. Lors du dernier mondial, diminué par une blessure, il n’a joué qu’une demi-heure. Une demi-heure de lumière, d’élégance, de classe. La seule chose à sauver du triste mondial azzurro.

S’en est suivie une saison en demi-teinte. Une vilaine blessure l’éloigne des terrains, le coach Allegri se passe de lui et l’équipe remporte le scudetto malgré l’absence de son maître à jouer. À Milanello la mode a changé. Conséquence : le joueur essuie quelques larmes lors de son dernier entrainement et quitte Milan la Turbulente sans faire de bruit pour rejoindre Turin la Silencieuse. Au pied des Alpes, Andrea Pirlo s’offre ainsi une dernière occasion de prouver l'aphorisme de Michel Platini : « Quand Pirlo va, tout va ».

13.6.11

Samuel, 20 ans, Français, sélectionné par la Côte d’Ivoire


À la fin du mois d’avril, le site d’information Mediapart jette un pavé dans la mare en publiant le verbatim d’une réunion au cours de laquelle les dirigeants de la FFF - Laurent Blanc compris - proposent la mise en place de quotas discriminatoires à l’encontre des joueurs binationaux (joueurs ayant la possibilité de choisir entre deux sélections nationales). Plus d’un mois plus tard, à l’occasion du festival espoir de Toulon, nous rencontrons un jeune français qui joue pour la Côte d’Ivoire.


Les quinze dernières minutes du match contre l’Ukraine ont suffi à calmer les vents qui soufflaient contre le vaisseau FFF. Ce dernier quart d'heure mais surtout le talent XXL de Marvin Martin. Petit, blanc, rapide, technique. Drôle de coïncidence. Curieusement, le gamin de la porte de Vanves avait longtemps été snobé par des observateurs qui pointaient son gabarit en dessous des standards du football moderne. Mais loin, très loin de Donetsk et de Marvin Martin se déroule en ce moment un des tournois les plus importants de la catégorie espoir : le Festival International Espoir de Toulon qui réunit huit sélections espoirs (moins de 21 ans) dont la sélection française. Celle qu’il faut réformer, paraît-il.

Victorieuse lors de l’édition 2010, la sélection ivoirienne compte dans ses rangs quelques binationaux dont Samuel Yohou, 20 ans, Français qui défend les couleurs de la Côte d’Ivoire, le pays d’origine de ses parents. Samuel est un binational. Il a fait ses classes au Paris FC, le club de l’Est parisien avant de signer l’an dernier au RC Strasbourg (en National, l’équivalent de la troisième division). La sélection ivoirienne, il n’y avait jamais vraiment réfléchi :

« On m’a contacté par l’intermédiaire de mon agent. Apparemment, il y a un superviseur pour l’Île-de-France qui m’avait observé lors de la Gambardella (la coupe de France des équipes de 18 ans, ndlr.) disputée avec le PFC. Ils leur manquaient quelques joueurs ivoiriens et ils ont fait appel aux jeunes joueurs disponibles en France. J’étais vraiment surpris, je n’avais jamais pensé à la sélection ivoirienne ! »

Toulon ou la foire aux jeunes joueurs

Lors du tournoi, son équipe a rencontré ’Italie, la Colombie et le Portugal. Malgré les trois défaites subies par les jeunes Éléphants, Yohou préfère retenir l’aspect positif de l’expérience :

« Malgré les défaites, ça s’est bien passé. Les coachs veulent me rappeler pour un match de qualification pour les JO 2012. Même si sur le plan sportif, c’était un peu dur étant donné qu’on ne se connaissait pas. On ne parlait pas tous la même langue (rires)! Dans les sélections européennes, on sent que les mecs se connaissent, certains jouent en club ensemble, ils ont un vécu ! »

Outre le challenge sportif, le tournoi de Toulon représente également une occasion de montrer son talent aux yeux des recruteurs venus de toute l’Europe. Manchester, Milan, Lyon, Valence, Porto, toutes les grandes écuries européennes envoient leurs observateurs sur cette compétition. Tapis dans les tribunes, ils gribouillent frénétiquement sur leurs cahiers, à la recherche de la bonne affaire ou du prochain crack. Si contact il y a, cela ne se fait jamais directement avec le joueur concerné. Les recruteurs rencontrent d’abord les agents et les coachs avant de s’entretenir avec leur cible. C’est comme ça que cela se passe, en théorie (sic).

« Les quotas ? Un faux problème »

Lorsqu’on l’interroge sur l’affaire des quotas, Samuel Yohou exprime un avis et des critiques fondées sur son expérience du sport de haut niveau. Ainsi pointe-il d’abord un manque de logique sportive, une certaine malhonnêteté intellectuelle :

« C’est quelque chose que j’ai mal pris. C’est un faux problème car les vrais bons joueurs jouent toujours avec l’équipe de France. Les Nasri, les Benzema, ils avaient été approchés par l’Algérie mais ils savent que c’est avec l’équipe de France qu’ils peuvent remporter des grands trophées » explique ainsi le défenseur ivoirien.

À ses yeux, l’équipe de France est exclusivement réservée, logiquement, aux meilleurs, aux plus talentueux. Lucide vis-à-vis de sa trajectoire, il préfère rester humble et ne pas se comparer aux phénomènes de sa génération. Le maillot bleu, il le voit comme une chasse gardée et il a décidé de miser sur l’opportunité offerte par la Côte d’Ivoire plutôt que d’espérer une hypothétique sélection en équipe de France A :

« Je préfère profiter d’une continuité dans une équipe moins prestigieuse que l’équipe de France plutôt que d’être éventuellement sélectionné une seule fois et disparaître des radars »

En somme, Samuel Yohou dresse un constat sensé, à l’échelle individuelle. L’idée des quotas ne prend pas en compte les joueurs des échelons inférieurs qui peuvent profiter de leur double nationalité pour vivre une aventure sportive qu’ils n’auraient jamais connue avec l’équipe de France. Formés à l’INF Clairefontaine, en centre de formation ou par un parcours complet dans un club de pré-formation, la motivation de ces joueurs est sportive avant d’être culturelle ou politique. Reste le problème posé par Moussa Sow, le meilleur buteur du championnat de France : il a écumé toutes les sélections espoirs françaises avant de choisir de défendre les couleurs de la sélection sénégalaise. Mais pour un Moussa Sow, combien de Samuel Yohou ?


Crédit photos : Zimbio.com


18.7.10

Orange Mécanique Inversée / 10 juillet 2010

Alessandra Bocci – La Gazzetta dello Sport

Adieu au rock, place à la famille Hollande qui préfère désormais ces garçons braves et rassurants aux bellâtres maudits de 1974.

Profitaient-ils plus de la vie ? Rien n’est moins sûr. Au fond, Wesley Sneijder va se marier dans un château toscan, il vit dans le quartier le plus chic de Milan et aucun problème financier ne vient troubler le meneur de jeu de l’Inter.

Il en est d’ailleurs conscient : « Tu sais que je gagne en une semaine ce que tu prends en une année ? » dit-il un jour à Piet Velthuisen, portier du Vitesse Arnhem. Velthuisen, qui est probablement un bon gars mais surtout un ami d’enfance de Sneijder, s’est mis à rire. Pour les journalistes hollandais, la réaction ne fut pas vraiment similaire. Attachés à certaines valeurs, ceux-ci y ont vu un manque de respect. Habitués aux revendications enflammées de Johan Cruyff, le règne des footballeurs bling-bling leur est, semble-t-il, d’autant plus détestable.

Un autre monde

Les Oranjes de 1974 profitaient plus de la vie et du ballon : c’est l’opinion commune et il faut la respecter. Ils étaient beaux, ils fumaient, buvaient et portaient les pattes à la George Best mais par dessus tout, ils enchantaient leur monde. Les bataves de 2010, eux, règlent leurs problèmes en se cachant derrière leurs casques et leurs Ipod, ils s’apprécient mais n’iront pas jusqu’à braver les flammes pour sauver l’un des leurs et surtout, ils sont moins bons sur le pré. « La comparaison est inimaginable » explique avec amertume Valentijn, chroniqueur au Telegraaf, le premier quotidien néerlandais, « j’aimerais qu’ils exploitent vraiment leur talent pour jouer ».

Place aux chiffres : Johnny Rep, avant-centre et patronyme de rockeur, avait marqué quatre buts en 1974. Robin Van Persie, le genre d’offensif à qui il est permis de tout faire avec un ballon, n’en a marqué qu’un seul. Neeskens, merveilleux milieu de terrain, était buteur en finale contre l’Allemagne. En revanche, personne n’espère un but important venu des pieds de De Jong ou Van Bommel, plus à même de blesser avec un savoir faire scientifique.

Van Bommel représente mieux que quiconque le changement familial de la sélection Hollandaise : pas d’écart, beaucoup de sérieux. Les derniers frissons sont venus de Van Persie qui était arrivé sur la scène internationale accompagné d’une série de mésaventures judiciaires digne de Patrick Kluivert. En fin de compte, le Gunner a fini par se ranger, qui sait si la lecture du Coran ne l’a pas aidé dans son entreprise.

Origines

Véritable centre de gravité de cette sélection, Mark Van Bommel n’aurait jamais eu sa place dans l’équipe de merveilles de 1974. Et nonobstant le surnom violent d’ Orange Mécanique, la bande à Johan ne comprenait aucun bagarreur. En revanche, elle était pleine de contestataires et le premier d’entre eux était forcément Cruyff le syndicaliste : « Si il y a de l’argent qui tourne, il faut que les joueurs le récoltent ». Certes, ce dernier n’a pas manqué d’argent en tant que footballeur mais la mort de son père durant sa jeunesse a contraint la mère du numéro 14 à s’adapter aux boulots les moins glorieux pour faire vivre sa famille. Et aujourd’hui, Johan tient une fondation qui lui permet de rendre utile la fortune accumulée grâce à ses pieds magiques.

En 2010, Wesley Sneijder n’est pas impliqué politiquement. Mais aujourd’hui, le football est différent, cette Hollande est différente. Plus familiale, plus bourgeoise, plus rassurante. Plus droite, moins romantique.

Propres sur eux

Plus qu’un centre de gravité, Van Bommel, marié à la fille du sélectionneur, est la figure de proue de ce changement de cap : mis au placard par Van Basten, il est devenu un homme-clé du dispositif tactique de son beau-père. Au sortir d’un mondial allemand en demi-teinte, le Bavarois avait claqué la porte de la sélection : « tant que [Van Basten] sera en place, je ne mettrais plus jamais les pieds en équipe nationale ».

Puis, Bert Van Marwijk installé sur le banc, Van Bommel a pris son ticket et a fait la queue en attendant son tour. Le contraste est clair : en 1974, les Oranjes étaient des rockstars ; en 2010, ce sont des gens normaux. Heitinga a une bonne tête de Flamand (Ruud Krol cultivait, lui, un look plus british), Ibrahim Affelay déborde joliment avec son visage poupin et son maillot bien propre, Elia est d’un lisse à en faire pâlir Edgar Davids (qui n’était pas là en 1974 mais dont la verve polémique est dans l’esprit) et Huntelaar porte sans râler le sourire du remplaçant heureux. En tant que joueur du Milan AC, c’est d’ailleurs lui qui a eu le parcours le plus brillant lors de cette coupe du monde. Et pour une fois, personne ne viendra le comparer à Van Basten. Lors de la fabuleuse épopée de 1974, Marco n’était qu’un simple spectateur. Comme nous.



Traduit de l'italien

12.5.10

Les 23 qui n'ont pas été pris

Une sélection bien atypique qui navigue entre ironie, combativité, respect et mérite . Pour lancer le début de sa Coupe du monde, Coup De Pied Au Cul a choisi 23 joueurs sur qui personne ne s'acharne avec des choix qui ne prennent pas en compte les affinités des uns avec les autres.

1 – Sébastien Frey : En serie A, il est comparé à Buffon et Julio César. Véritable pilier de la Fiorentina, son expérience est largement supérieure à celle des portiers français sélectionnés.

2 – Stéphane Ruffier : Stéphane est parfois décrit comme une tête brûlée au tempérament fort. Son caractère et son talent auraient fait du bien à vestiaire qui manque de personnalité.

3 – Fabien Audard : Le poste du troisième gardien est souvent destiné au dernier petit jeune. On préfère le donner au vieux déménageur breton dont la saison remarquable à Lorient n’a pas été assez soulignée.

4 – Jean-Alain Boumsong : Rihanna a fini par se réveiller et contre le Real Madrid, il a montré qu’il avait un potentiel de guerrier fidèle et dévoué.

5 – Philippe Méxès : Certes, la blondasse a emménagé sur le banc de la Roma ces derniers mois. Quoiqu’il en soit, on ne peut pas lui enlever sa classe, son talent et sa grinta.

6 – Benoit Trémoulinas : Il a bien mieux réussi sa saison (hormis le dernier mois) que sa prestation dans Slumdog Millionnaire. La qualité de centre de Sagna laisse vraiment à désirer alors que c’est la vraie force du petit Benoit, joueur consciencieux et appliqué.

7 – Mathieu Chalmé : Avec Mathieu, on peut attaquer l’autre défaut de Sagna : sa défense. Loin d’être transcendant, le Gunner n’est pas plus méritant que le bagarreur girondin.

8 – Aly Cissokho : Dans cette équipe accrocheuse, Aly le gentil aurait une place. Certains le voient comme limité. Ce n’est peut être pas un grand dribbleur mais Cissokho connaît son job sur le bout des doigts. Son excellent match aller contre le Bayern et son marquage sur Robben témoignent en sa faveur.

9 – Laurent Bonnart : Là encore, on ne fait pas dans le glamour. Domenech a choisi des joueurs que l’on croit complet. Ici, on préfère encore sélectionner un hargneux qui fera corps avec l’équipe et prendra son couloir sans râler.

10 – Marc Planus : Ceci est une prière ! Marco est dans les trente mais Raimundo doit absolument en faire un titulaire. Planus défend bien, relance sereinement et rend meilleur son collègue en défense centrale. Un vrai gage de sureté dans l’axe.

11 – Pascal Cygan : Le vrai divin chauve. Il a tenu la défense du sous-marin jaune contre vents et marées, les bonnes performances de Riquelme et Senna, c’était lui et uniquement lui ! Il mérite une reconnaissance et quelques matchs en plus car sa fin de carrière en D2 espagnole est une insulte à son palmarès long comme le bras d’un nouveau né pygmée.

12 – Patrick Vieira : Le roi des compétiteurs. Il commençait juste à retrouver sa forme et on croyait en lui pour se sublimer et apporter son charisme à l’équipe.

13 – Yohan Cabaye : La sélection officielle manque cruellement de milieux relayeurs. La saison du milieu Lillois a été très satisfaisante et il semble au top de sa forme. Il aurait pu apporter son élan offensif et sa rigueur tactique.

14 – Benoit Pedretti : Quand Lass fait des fautes flagrantes, Pedretti fait tous ses coups en douce. En plus, c’est une machine à laver : on lui donne un ballon sale, il le rend propre.

15 – Edouard Cissé : Le pivot de l’OM champion de France n’était pas Lucho mais Edouard Cissé qui était à la récupération et jouait excellemment son rôle de sentinelle. Sa carrière paie malheureusement son manque de glamour. Triste.

16 – Mathieu Flamini : 25 matchs avec le Milan AC cette saison. Quand on connaît la concurrence qui règne dans l’entrejeu lombard mais aussi la pression exercée par Berlusconi pour faire jouer les vedettes, la performance de Flamini devient remarquable. D'autant plus qu’il n’a que très peu déçu chez les Rossoneri.

17 – Fabrice Abriel : L’homme à tout faire. Sur les ailes ou au milieu de terrain, Fabrice incarne l’engagement.

18 – David Trézéguet : Sept buts cette saison. Thierry Henry en a marqué quatre en autant de matchs disputés.

19 – Kevin Gameiro : Depuis maintenant deux ans, le merlu confirme les espoirs placés en lui tout en effectuant des choix de carrière judicieux. Efficacité et bon sens malgré son prénom.

20 – Jérémy Ménèz : Un temps déçus par le môme du 94, les ultras de l’AS Roma écoutent aujourd’hui la Mafia K1fry pour célébrer les rosasses que Jérémy dessine sur le terrain du Stadio Olimpico.

21 – Robert Pirès : En 2006, le retour des anciens avait fonctionné. On retente le coup avec le dernier vestige valable de France 98.

22 – Louis Saha : Robuste et technique, Saha avait tout pour être le futur de l’équipe de France. Tout sauf le corps ... On lui laisse une dernière chance.

23 – Charles N’Zogbia : Charly est vif et puissant mais il risque des ennuis judiciaires pour une fraude commise lorsqu’il a passé son permis de conduire. Avec cette coupe du monde, il aurait pu se racheter une conduite.



29.4.10

Un Onze haute couture

Non, ces joueurs ne sont pas forcément les plus efficaces, les plus techniques ou les plus médiatisés. Reste que ce ne sont pas non plus des manchots. Peu importe, l'objectif de cette équipe réunie autour de la classe et l'élégance n'est pas d'inspirer la victoire et encore moins de provoquer l'unanimité.

Buffon - Gardien du temple

Quand il prendra sa retraitre, Zoff et Yachine lui ouvriront les portes du Panthéon des gardiens. Ils lui feront la cuisine, le ménage, ses lessives. Pourquoi ? Parce que Gigi est le gardien le plus charismatique de son époque. En série A, il est applaudi dans tous les stades. En plus, il a eu la classe ultime de faire évoluer son jeu avec son âge sans perdre en efficacité. Du superman bondissant qui gardait les portes du grand Parme, il ne reste plus grand chose aujourd’hui. Des parades spectaculaires ? Elles se font rares. Alors, plus de buts encaissés ? Non, car Buffon est presque toujours placé à la perfection. Avec ça il est poète : « j’ai du arrêter de porter le 88 que j’ai remplacé par le 77, ce numéro ressemble aux jambes d’une femme »

Nesta - Libero

On l’avait pas vu, il a surgi, stoppé l’attaque adverse sans faire de faute, s’est relevé, a relancé proprement, s’est recoiffé rapidement et a de nouveau disparu. Voilà l’action standard de Nesta, joueur maudit, libero frustré placé stoppeur. Formé à la Lazio, on lui donne vite le brassard. Sélectionné pour la coupe du monde 1998, il se blesse. Lors de la coupe du monde 2002, il se blesse. Et pendant la coupe du monde allemande ? Rebelote. En 2002, le président Cragnotti est tellement endetté qu’Alessandro doit émigrer au Nord, à l’ancienne. Cette année, il était pressenti pour passer son été en Afrique du Sud. Il s’est blessé.

Vidic - Stoppeur

Nemanja a l’allure d’un videur de boite ou alors d’un bon vieux revendeur d’Uzi. C’est au choix mais ce n’est pas forcément chaleureux. A quoi bon être chaleureux ? Vidic ne fait pas dans la blague, c’est une sorte de guillotine humaine : très froid, presque arrogant et horriblement efficace. En revanche, côté relance, Vidic est plus que rassurant, d’un calme glacial. Soldat Vidic, n’importe quel général se battrait pour te compter dans ses rangs : que ce soit pour lancer l’assaut ou pour évacuer les blessés.

Piqué - Stoppeur

A le regarder changer le jeu du Barça par ses transversales chirurgicales, on est droit de se demander pourquoi diable Alex Ferguson ne lui a jamais donné un temps de jeu proportionnel à son talent. La réponse étant assez sombre, on peut se demander si ce n’est pas Piqué qui a pris le vieil Ecossais dans ses filets. Longtemps, c’est Fernando Hierro qui a incarné le défenseur ibérique. Un peu léger comme héritage. Piqué file donc à Manchester où il se voit prendre la relève de Laurent Blanc et autres Jaap Stam. Après avoir fait valoir ses droits sur l’héritage mancunien, il fait renaitre Beckenbauer au sein de la défense catalane.

Essien - Rempart

Dans la famille Elégance & Puissance, je veux Michael Essien. A vrai dire, il faut être assez diplomate pour parler de famille tant le Ghanéen incarne cette union comme personne. Si les trajectoires de ses passes ou sa vision du jeu sont somme toute communes, son port altier et cette aura de puissance qui l’entoure peuvent en troubler plus d’un. A l’OL, ses partenaires refusaient le contact à l’entrainement. Sur les prés d’Albion, il honore ces Anglaises qui croyaient connaître le jeu physique. Mention spéciale pour son arrivée en Europe : à l’heure où les clubs signent les merveilles de cours de récréation, Essien a débarqué par le port de Bastia. D’ailleurs, c’est son profil qui figure sur le drapeau corse.

Pirlo - Regista

Un fils de bourge avec une allure de Khâgneux, on n’en voit pas beaucoup sur les pelouses. Encore moins à une époque qui idolâtre les physiques monstrueux. Prenez Sophia Lauren, une Alfa Romeo, une bicyclette Abici, des penne all’arabiata, mélangez subtilement, servez avec un verre de Martini et savourez Andrea Pirlo. Ses passes sont signées Fendi, sa présence tient presque d'un tableau de De Chirico et son parcours ressemble à une stratégie de l'armée romaine : je fais la nique à l’Inter, baroude entre Brescia et la Reggina pour finalement devenir le centre névralgique du Milan AC triomphant d’Ancelotti.

Kaka - Electron libre

Ses cheveux tombent soigneusement sur son visage d’ange le plus souvent souriant. Fils d’un ingénieur brésilien, ses dents bien brossées et bien droites rappellent que le Brésil ne produit pas seulement des footballeurs sortis de La Cité de Dieu. Passons sur le côté évangéliste, sa course racée est nettement plus appréciable. Et quand il repique au centre pour placer sa spéciale (place du pied en lucarne), c’est un divin délice.

Robben - Ailier droit

Oui, il a bien une tête de fermier un peu rincé par le boulot des champs. En revanche, l’ailier batave possède de l’électricité à revendre. Frappe tonnerre, dribbles éclairs, coup de rein paralysant. Demandez un peu aux arrières gauche de Bundesliga si Arjen dépasse le simple coup de jus.

Van Persie - Avant centre

Son coup de pinceau gauche nous laisse deviner que ses parents sont des artistes. Soit dit en passant, son corps de cristal aussi. Certes, Robin se coiffe encore comme un adolescent avec sa houpette de boy-scout mais c’est bel et bien du champagne qui coule dans ses veines. Sa présence dans le onze est source de métamorphose pour Arsenal et dans son atelier, l’Emirates, il fait étalage de sa palette technique et de sa gamme de couleur. Il y avait le bleu de Klein, on a maintenant le rouge furie de Van Persie : réception d’une passe, contrôle en soie, dribles vifs, incisifs et parcimonieux puis mise à feu sur la toile !

Berbatov - Avant centre

40 millions d'euros, voilà ce qu’Alex Ferguson a versé à Tottenham pour avoir un buteur qui ne marque pas au sein de son effectif. Il est pas con Alex, il savait bien que Dimitar n'était pas de ces joueurs aux statistiques affolantes. Le Bulgare fume, se coiffe comme Andy Garcia et ne transpire que très rarement. De temps en temps, il se fend d’un extérieur, d’une déviation lumineuse ou d’un contrôle de la poitrine fixation longue durée. La nonchalance même au royaume du flegme.


PS : Oui, ils ne sont que dix. C'est plus épique comme ça.

7.4.10

Big Four Ta Dinde

- Jean-Michel : " Where the hell is Albion ?

- Joan : Probably in Champion's ...

- Franz : Well, I'm afraid not

- Massimo : Even better "

21.3.10

Un Prophète


Frey, Vucinic et Toni sont de bons footballeurs qui ont deux points communs : ils n’iront pas en Afrique du Sud cet été mais ils ont eu la chance de croiser la route de Pantaleo Corvino.

L’homme a le physique bonnard, à la fois chaleureux et sévère, il pourrait être le commerçant du coin. Pantaleo Corvino est en fait le directeur sportif le plus compétent de serie A. Après l’élimination des Toscans en ligue des champions, c’est lui qui est allé calmer les plumitifs italiens : « Ne parlez pas trop vite, notre cycle n’est pas fini. Nous poursuivrons nos investissements intelligents et nous pouvons compter sur des valeurs sûres ». Trois jours plus tard, la Fiorentina allait gifler Naples au San Paolo : buts de Jovetic et Gilardino, deux joueurs signés par Corvino.

Des gammes moroses

Le parcours est très linéaire, mais le point de départ fait son originalité. Pantaleo grandit dans la province de Lecce dans les années 1950. Comme tous les mômes, il rêve une carrière dans le monde du ballon rond mais la mort de son père le pousse à abandonner l’idée pour se consacrer à des études en aéronautique. Arrivé au grade de sous officier, il revient aux football, son premier amour, comme dans la plus merveilleuse des niaiseries américaines. Reste que le chemin de Corvino ressemble plus à un film néoréaliste qu’à un sirupeux scenario hollywoodien.

Corvino quitte donc l’aéronautique à 39 ans pour prendre les reines de Vernole, l’équipe de sa ville natale qui évolue en terza categoria, l’équivalent de la dixième division. Il y fait ses premières gammes de directeur sportif, prend ensuite en main Scorrano en septième division et s’ouvre la porte du monde professionnel en 1988 avec le Virtus Casarano en serie C. La réalité est moins cool que le mode légende de PES. Pendant dix ans, le club tient confortablement son rang d’équipe moyenne avec pour seules étincelles une victoire en championnat junior et la découverte de Fabrizio Miccoli.

Le passeport le plus tamponné de la botte

Corvino pose ses valises à Lecce en décembre 1997. Avec ce club de série A, Corvino a enfin un chantier à sa mesure. En fait, les valises ne sont pas vraiment posées ; Corvino voyage beaucoup et négocie en mélangeant l’anglais, l’italien, l’espagnol et le français.

Entre les Balkans, la Colombie, la Finlande, Malte, le Nicaragua ou encore l’Uruguay, Corvino se déplace sur les bons conseils d’un réseau très hétérogène composé de fonctionnaires de l’ONU, d’entraineurs italiens exilés ou d’ex-gloire du ballon rond : « Une fois, Jomo Sono (1) m’a signalé un joueur en Afrique du Sud. J’ai fait 8000 km pour voir le joueur se blesser gravement au bout de dix minutes, ce sont les risques du métier ». Les résultats sont probants et l’équipe retrouve des couleurs autour de Chevanton, Bojinov et Vucinic qui fut transféré à 17 ans après neuf matchs et quatre buts en première division serbe. Corvino est même à deux doigts de signer Berbatov qui est finalement renvoyé à Sofia pour avoir été trop capricieux (2).

« Je n’achète pas la laine au prix de la soie », voilà le mot d’ordre de Pantaleo Corvino. Et pour ce faire, il avoue s’inspirer du modèle d’Arsène Wenger même si il lui est arrivé d’offrir des contrats à des joueurs de 14 ans au risque de s’attirer les foudres de la ligue italienne et la rancœur des autres dirigeants italiens.

La reconnaissance à la Fiorentina

Corvino arrive en Toscane en même temps que Prandelli. Les deux avaient d’ailleurs débarqué ensemble à Lecce. A peine est-il arrivé que Moggi gratifie la presse d’un : « je ne négocie qu’avec le président Della Valle ». Le duel entre les deux directeurs sportifs ne tiendra pas ses promesses, calciopoli oblige. Ainsi, pendant que Moggi faisait parler de lui sur le dos de la Juve, Corvino continuait son travail d’architecte. A Florence, il récupère Frey pour 5 millions, profite de la rétrogradation de la Juventus pour associer Mutu à Toni, remplace Toni par Gilardino et chaparde Jovetic au nez et à la barbe du Real Madrid. En multipliant les prêts et les copropriétés, en investissant sur les jeunes et en orchestrant quelques coups médiatiques (Vieri, Cassano), il dessine une équipe toujours plus performante pour un budget transfert de 15 millions d’euros par saison.

Parfois, il se trompe : acheté très jeune, Pazzini éclot finalement lorsqu’il quitte Florence pour la Sampdoria : « je vends de la bonne marchandise ». Corvino, c’est la personnification du petit malin qui joue à Football Manager. Aujourd’hui, sa partie est assez avancée pour la Juventus songe fortement à l’intégrer à sa direction, un club qui lui donnerait sans doute plus de moyens et une résonnance médiatique plus large.

Depuis le huitième de finale perdu face au Bayern Munich, la Fiorentina reste sur deux belles victoires. Ce week-end, c’est le Genoa qui a fait les frais de l’énergie retrouvée des violets avec un but d’un jeune Sénégalais de 17 ans, El Khouma Babacar. Pantaleo Corvino n’était pas à la passe décisive mais c’est bel et bien lui qui a façonné le but.


(1) Ex-gloire du football Sud-Africain durant l'apartheid. Il a joué au Cosmos de New-York avec Pelé.

(2) Après la visite médical, Berbatov a demandé un appartement et une voiture aux frais du club. Corvino lui a offert le billet de retour.

1.3.10

Paris-Marseille, Beauferie et jus d'orange

Le PSG doit sauver sa saison, l’OM a besoin d’une victoire pour remonter au classement. Pour cerner l’enjeu du match, pas besoin de s’appeler Léonard. Niang a mal « en bas du dos » - au cul donc-, le Parc chante (Nouvelle Star oblige ?) et l’état de la pelouse ne semble pas préoccuper Colony Capital. Voilà pour les données du match.

1’ : Premier coup franc pour le PSG. Visiblement, Jallet aurait bien besoin d’une paire de binocles.

3’ : Série de ballons en l’air, Valbuena a l’arrière train sur le pré. CQFD.

5’ : Enchainement soyeux sur le côté droit parisien entre Jallet et Ceara (sic).

6’ : Frappe du droit de Benoit Cheyrou qui finit dans les bras d’Apoula. Son pied gauche lui sera surement plus utile contre l’Espagne

7’ : Premiers ballons pour Lucho qui va peut-être remettre la gomina au goût du jour.

8’ : L’OM assure une série de cinq passes d’affilée pour la première fois du match. Relation de cause à effet, elle débouche sur leur première offensive. Le foot, c’est moins compliqué qu’on le croit.

10’ : Une MILF veuve en tribune. Merci RLD.

14’ : BUT de Ben Arfa ! Le bonhomme se permet même une célébration à la Cantona. Après une tête de Cheyrou, Ben Arfa fait un contrôle en velours côtelé et enchaine sur une frappe du droit au ras du poteau. Apoula Edel en costume de Watchmen n’y peut rien.

17’ : Taïwo prendrait des cours de français avec BHL. Il se dit que le Phocéen pourrait entrer à l’Académie Française.

20’ : Après un bon premier quart d’heure le PSG perd en fluidité. A croire Alain Roche, Xavi et Iniesta étaient quasiment Parisiens.

21’ : Superbe remise d’Hoarau pour Erding qui reprend d’une volée shaolin. Le ballon aurait fini sur la butte Montmartre.

25’ : Paris ne baisse pas les bras et montre beaucoup de volonté, dernier match avant les vacances ?

35’ : Fautes et passes ratées ambiancent le dancefloor depuis dix minutes.

38’ : Erding fend l’air pour aller chercher une balle perdue. Après un contrôle au bord du précipice, il crochète, efface Mandanda et M’Bia, arme sa frappe, déclenche son tir et parvient à viser la troisième lucarne.

40’ : ALERTE ENLEVEMENT : Mamadou Niang, avant centre de 30 ans, 1m78 pour 80 kg, vu aux abords du Parc des Princes.

41’ : Détente d’Hoarau qui smashe la balle d’une tête incisive. Mandanda est sur le coup.

42’ : Paris pousse et Marseille avale - pour mieux mordre ? Une belle intensité sur le pré.

44’ : Enorme occasion pour l’OM. Heinze soit qui mal y pense : l’Argentin s’élève dans la surface et cogne la balle ; sa tête touche le montant. Maya l’abeille était encore à la rue.

C’était une première mi-temps assez agréable avec un PSG qui va de l’avant et l’OM plus réaliste. A noter la magnifique cravate à pois de Grégoire Margotton. Deschamps sort Valbuena pour Abriel. Alain Roche serait vexé par l’offense du coach Phocéen.

50’ : L’OM se montre plus entreprenant.

51’ : Grande ouverture de Sammy Traoré qui n’a malheureusement pas le compas dans l’œil.

55’ : BUT de Lucho ! Décalé à gauche, Heinze centre. La Poule se troue et offre une jolie passe décisive à l'Argentin.

57’ : Traoré est remplacé par Sankharé. En tribune, Bazin et Leproux ont l’air perplexe face à ce 3-5-2

59’ : Pour ce qui est des passes ratées, le jeune Sankharé remplace bien Traoré. Coaching gagnant.

62’ : Beaucoup moins d’intensité, le jeu est haché et le match devient chiant.

66’ : Après un joli cocktail en première mi-temps, le PSG a une bonne gueule de bois.

67’ : A défaut de jouer au ballon, Sankharé semble préparer son entrée dans le monde du catch. M'Bia pourra témoigner.

70’ : Ouverture très douce de Cissé, remise sucrée de Niang qui trouve Cheyrou dans la surface : crochet smoothie, frappe et BUT du néo-international. C’est une fessée pour le PSG.

74’ : Apoula sauve devant Niang. Les déserteurs auront donc raté le seul arrêt valable du portier parisien.

77’ : Le parc frémit et y croit (sic).

79’ : Les ultras parisiens sont les meilleurs de France. Maintenant, ils essaient de proposer le surnombre pour aider leurs joueurs.

83’ : Jean-Eude Maurice entre et court vers l’aventure au galop.

84’ : Erding vendange sa cinquième occasion. Le PSG n’était pas si loin, les supporteurs peuvent nourrir des regrets.

86’ : Makélélé est remplacé par Kezman. Sifflé en travaillant.

88’ : Kezman est acclamé pour un vilain tacle sur Koné. Intelligences.

90’ : ENORME FRAPPE de Ceara : le panneau publicitaire semble touché.
Un match très classique au final entre une équipe dans une bonne dynamique et l'autre qui ne méritait pas une raclée de la sorte.

7.2.10

De l'arbitrage vidéo


Dans dix jours s’ouvriront les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Parmi les huit matchs disputés, on aura probablement droit à un but ou un fait de jeu litigieux qui permettra à Frédéric Lefebvre, Pierre Ménès ou Frédéric Thiriez de relancer le débat sur l’arbitrage vidéo. Coup de pied au cul se charge de leur répondre.

Imaginons d’abord le contexte. Il ne reste plus que quelques minutes à jouer, et C. Ronaldo part dans un raid solitaire. Il efface son vis-à-vis lyonnais, entre dans la surface et s’effondre devant Cris qui l’a à peine effleuré. Dans la seconde qui suit, le coup de sifflet de l’arbitre qui désigne le point de pénalty déchire Gerland. Pénalty marqué, espoirs de qualification lyonnaise enterrés.

Au coup de sifflet final, les commentateurs sont prêts à chasser du Platini et affirmer que l’arbitrage vidéo est désormais une évolution nécessaire pour le football. Pourquoi ? Parce qu’ils sont de vertueux défenseurs de la justice. Réduire l’injustice mais aussi se mettre au diapason des autres sports (rugby, basket-ball, tennis). D’ailleurs, le rugby est un exemple fréquemment utilisé par ceux qui souhaitent édulcorer le football.

Une plaidoirie désordonnée

Si le monde du ballon ovale s’est mis d’accord sur l’usage de la vidéo, la planète football n’en est pas encore là. Entre ceux qui souhaitent que la vidéo soit utilisée sur l’ensemble du match (ce qui poserait un problème puisque le jeu serait haché), ceux qui appellent à une vidéo utilisée pour valider les buts et les situations litigieuses et Joseph Blatter qui préfère vendre son ballon à puce qui sonne lorsque la ligne est franchie (merci l’inspecteur Gadget), la cohérence n’est pas vraiment de mise chez les militants pro-arbitrage vidéo. Un manque de cohérence personnifié par le statut du quatrième arbitre qui ne prend pas de décision arbitrale mais qui dispose d’un écran de contrôle vidéo.

« Qui dit vidéo ne dit pas justice »

Après avoir imaginé l’élimination de l’Olympique Lyonnais, on va maintenant entrer dans la matrice et présenter un football où l’arbitrage vidéo serait utilisé. Tout d’abord, chaque match serait empoisonné par les spots publicitaires diffusés à chaque arrêt vidéo. Une américanisation du football alors même que les Yankees sont des peintres sur le pré, quel comble !

D’autre part, il faut aussi être conscient que la vidéo n’est pas une alternative tout à fait viable. Que ce soit en arrondissant les angles, en les choisissant ou en modélisant le tout en 3D, l’image reste un support facilement manipulable qui n’est donc pas sans faille. La confrontation entre la Norvège et le Brésil lors de la phase de poule de la coupe du monde 98 est un bon exemple. Disputé au Vélodrome, le match est marqué par un pénalty accordé aux Norvégiens (empêchant ainsi le Maroc d’accéder aux 8ème de finale). Les images semblent alors formelles : M. Bahamarst s’est trompé. Il faudra attendre une semaine et la diffusion d’images amateur pour voir que la décision était juste.

Michel Platini vise donc dans le mille lorsqu’il explique que : « qui dit vidéo ne dit pas justice. Tout le reste n’est que communication, démagogie, populisme ». La présidence Platini qui porte un intérêt particulier au football amateur dans ce débat. L’argument est simple : l’arbitrage vidéo creuserait le fossé qui sépare le monde professionnel du monde amateur, mais aussi celui qui sépare de nombreux clubs professionnels et entrainerait ainsi un rapport au jeu bien différent.

La fin du folklore

La mise en place de cette béquille technologique tient surtout de l’aseptisation du jeu. Si le tennis s’est aujourd’hui habitué au Hawkeye, qui ne regrette pas les coups de sang de McEnroe ? Le sport professionnel met plus en avant le spectacle - puisque vendeur - que la performance sportive qui est plus glorifiée aux Jeux Olympiques. C’est aussi à ce titre que la vidéo est néfaste au football. Néfaste car elle revient à réduire l’intensité émotionnelle d’un match et le charme du stade. Le stade est un élément clé de la planète football, c’est un exutoire, on y cristallise les émotions. Il ne s’agit pas de magnifier tous les comportements existants mais de conserver l’essence originelle du jeu que ce soit sur le terrain ou dans les tribunes. Avec l’arbitrage vidéo, le football se prive d’histoires. Plus de main de « Main de Dieu », plus de « but marqué par le public » (1), plus de polémique en un mot : la fin du folklore footballistique.

Reste que l’arbitrage vidéo pose des problèmes plus profonds : celui du remplacement de l’homme par la machine, celui du gouffre toujours plus grand entre la base et les acteurs, celui de l’évaporation des valeurs humaines. Des problèmes qui ne seront probablement pas abordés d’ici dix jours.


(1) : Lors de la demi-finale opposant Chelsea à Liverpool en mai 2005, Luis Garcia (attaquant de Liverpool) marqua un but litigieux puisque personne n’est certain d’avoir vu la balle franchir la ligne. José Mourinho, alors coach de Chelsea, déclara donc qu’il s’agit « du premier but marqué par le public » en insinuant que l’arbitre avait été influencé par la clameur d’Andfield.

16.1.10

Une Panenka en cas de panne

9 Juillet 2006, 20h07 : la panenka entre définitivement dans la postérité. Sur un pénalty obtenu par Malouda, Zidane mystifie un des meilleurs portiers de l’histoire en plaçant son ballon au centre de la cage. Geste vieux de trente ans, la panenka nait le 20 juin 1976 à Belgrade. Le tir au but décisif est tiré par Antonin Panenka qui trompe Sepp Maier : la Tchécoslovaquie est sacrée championne d’Europe. Un sacre qui légitime le geste, qui lui permet d’exister.

À vrai dire, la genèse du geste est moins flamboyante que son arrivée sur la scène internationale. De l’aveu même de Panenka, il s’agissait à la base de gagner des bières. Pour Antonin et le gardien des Bohemians de Prague, la fin de l’entrainement rimait avec séance de tirs au but et se finissait souvent en murge au bar d’à coté, le perdant étant sommé de payer l’addition.

Curieuse technique que cette panenka ; geste aussi schizophrène que Syd Barret. La réaliser revient à maximiser les chances de mettre la balle au fond en tentant un geste aussi risqué qu’un teatime avec Keith Richards. Et les statistiques ne mentent pas : le gardien choisit un coté sur 90% des pénalty. En frappant la partie inférieure du ballon, le tireur lui donne une trajectoire incurvée qui se loge au centre de la cage, précisément l’endroit où le gardien se trouve le moins. CQFD.

La réalisation du geste obéit toutefois à plusieurs règles. C’est d’abord un geste interdit aux mineurs : une panenka pendant le foot du dimanche matin ? Mieux vaut oublier. Seuls les gardiens expérimentés plongent sur les côtés. La règle vaut aussi pour le foot en club jusqu’en moins de 13 ans. La seconde règle est bien connu de King Eric : si le vent souffle assez fort pour faire voler Benoît Hamon et que le terrain peut faire office de tranchées en cas de guerre, mieux vaut opter pour une mine. Last but not least : être sûr de soi. Quand Yannick Noah se la joue poète disparu et porte Zidane aux nues parce qu’il « s’amuse en finale de coupe du monde », il est dans l’erreur. La panenka est un geste rationnel au possible qui requiert une certaine facilité technique et une vraie conscience dans l’application. Si Zidane a été solennel, Totti avait préféré prévenir Di Biagio : « Mo er jo faccio il cucchiao » (« je vais tenter une panenka » en argot romain). Le Romain avait alors humilié Van der Sar au cœur d’une Ajax Arena tout acquise à la cause des Oranjes.

Alors pourquoi tant d’engouement pour ce tir ? La réponse tient dans la symbolique du geste. La panenka est au football, ce que le all-in est au poker. L’engouement est donc aussi important que la prise de risque. Au-delà même de cette prise de risque, de la technique requise, de la gloire qu’elle rapporte, la panenka a ceci de plus que les autres tirs : c’est une machine à sensation. Quand le pénalty est le plus souvent synonyme de sentence couperet (réussite ou échec), la panenka se pose en alternative romantique. On a le temps d’apprécier la trajectoire du ballon, de voir le gardien s’étendre, et le souffle du public d’être coupé quelques secondes supplémentaires.

En Mars 2009, trois ans après le sacre de la panenka, l’université de Liverpool se montre encore plus rationnelle et annonce avoir trouvé la recette du pénalty imparable : cinq et six pas d’élan, approcher le ballon avec un angle entre 20 et 30 degrés, saupoudrer le tout d’un tir à 104 km/h, puis caraméliser le gardien en plaçant le ballon à 50 cm de la barre transversale et du poteau. Et bon appétit bien sûr.


N.B. En 1/32ème de finale de la Coupe de France 1989, Eric Cantona alors à Bordeaux, tente une panenka lors de la série de tirs au but face à Beauvais. Le gardien tombe dans le piège, mais le ballon est repoussé par le vent, puis tombe devant la ligne bloqué par la boue !